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IL FAUT DEFENDRE LA FONCTION PUBLIQUE

lundi 9 novembre 2009

Aujourd’hui la Fonction Publique d’Etat traverse une crise sans précédent depuis sa création. Les suppressions massives et continues d’emplois, les restructurations des services, sont l’expression d’un gigantesque plan social qui remodèle en profondeur le rôle et la fonction de l’Etat. En parallèle, la réforme amorcée des collectivités territoriales se traduit par une concentration et une reprise en main sans précédent de la décision politique au niveau de l’Etat, coupant la société civile des lieux de débats et de décision. En résumé, nous assistons tout simplement à une refondation de l’Etat, laquelle aura des répercussions sur la vie de chacun.

Nous savons que les Français sont attachés aux services publics. Le succès de la votation citoyenne contre la privatisation de la Poste le démontre. Mais ils ont plus de mal à faire le lien entre défense des services publics et défense de la fonction publique. La difficulté de penser cette articulation entre services publics et fonction publique nous la vivons au sein de notre Confédération. En témoigne le document préparatoire au 49° Congrès qui reste très lacunaire sur cette question. Est-ce un oubli ? Cela traduit surtout une méconnaissance et un désintérêt de la question du rôle de l’Etat, même s’il y a dans notre Confédération quelques progrès. Les journées organisées récemment par la CGT à Aubagne sur « Quels financements publics pour quelles politiques publiques », sont une avancée non négligeable.

La défense des droits des salariés ne peut faire l’impasse d’une réflexion sur le rôle et le sens de la fonction publique. La crise que nous traversons, le rôle « d’amortisseur social » joué par les services publics, comme la façon dont le pouvoir politique en place utilise l’appareil d’Etat pour porter ses intérêts, le démontre.

Aussi la CGT a plus que jamais besoin de défendre d’une façon clairement affirmée, non seulement les services publics mais aussi la Fonction publique. Ce qu’elle ne fait pas suffisamment. Cela se traduit concrètement par une chute du taux de syndicalisation au sein de la Fonction publique qui affecte tout particulièrement la syndicalisation CGT. Si nous devons atteindre l’objectif du million de syndiqués c’est une donnée qu’il nous faut prendre en compte.

Les services publics sont l’outil de la redistribution des richesses dans notre société. Servant avant tout l’intérêt de la collectivité, ils permettent à de nombreux biens et services d’échapper à la logique de la marchandisation. Le statut des personnels qui assurent ces services est la garantie d’une égalité de traitement des usagers et d’un fonctionnement démocratique de la prise de décision et de l’exécution des missions. Le fonctionnaire sert l’intérêt général et non les intérêts particuliers de certains. Dans sa manière de servir, il a des comptes à rendre aux administrés et aux usagers.

Bien sûr, avec la crise, la situation du fonctionnaire peut paraître enviable. En effet, ce dernier n’a semble-t-il pas de souci à se faire pour son emploi. Cet argument reprend sournoisement la vieille idée que le fonctionnaire, protégé par son statut, serait un être privilégié au-dessus de la dure et fatale réalité du marché du travail. Contre ce préjugé, il faut savoir qu’être fonctionnaire ce n’est pas un privilège mais un droit. Un droit qui devrait être accessible à tous. En effet, le système de recrutement par concours permet en principe à tout Français, qui possède le niveau d’étude requis, de pouvoir prétendre au statut de fonctionnaire, ceci quelle que soit son origine sociale ou la couleur de sa peau. Lorsque le statut de la fonction publique a été créé en 1946, il était le cœur d’un projet de société égalitaire, dans laquelle chacun aurait sa place, non en fonction de son origine sociale, mais en fonction de ses capacités. Ce statut protecteur et garant de droits devait alors s’étendre au plus grand nombre. Malheureusement cela n’a pas été son destin. Peut-être parce que nous ne l’avons pas assez bien défendu. Aujourd’hui la réduction des postes dans la fonction publique rend de fait l’accès au statut très difficile. L’impossibilité dans laquelle est mise l’école d’accomplir ses missions fait qu’il est aussi de plus en plus difficile pour les classes populaires d’acquérir le niveau de connaissances qui permettrait de se présenter aux concours avec des chances réelles de réussite.

En ce qui concerne la revendication salariale, le niveau de salaire du fonctionnaire avait été calculé en 1946 de telle façon à ce qu’il permette une vie décente dès le début de la carrière. Cela devait entraîner le niveau des salaires dans le privé. Aujourd’hui non seulement l’effet d’entraînement n’a pas joué, mais à qualifications égales, le niveau des salaires dans la fonction publique est devenu très nettement inférieur à celui des salaires dans le privé. Beaucoup de fonctionnaires sont dans des situations matérielles difficiles car depuis des années, ils subissent un blocage de leurs salaires non indexés sur l’inflation. La conséquence en est la paupérisation et le déclassement de cette catégorie sociale. Pour avoir un repère, la CGT estime que le salaire minimal (SMIC) pour être décent, devrait être au moins à 1600 euros. Après quatre ans d’études, un enseignant débute sa carrière avec un salaire inférieur à 1500 euros.

Il faut aussi parler de la dégradation des conditions de travail. Car si le nombre de fonctionnaires diminue, les besoins sociaux eux ne diminuent pas. Avec la crise ils risquent même d’exploser. Les restructurations des services qui se font brutalement et sans concertation auront inévitablement des conséquences sur la santé des personnels. Sur ce point, il faut souligner le retard considérable dans la fonction publique en matière de reconnaissance des droits touchant à la santé et à la sécurité au travail, comme il faut aussi dénoncer l’extension des contrats de droit privé qui fait que la précarité est devenue une réalité de la fonction publique. Le vote en septembre 2009 de « la loi sur la mobilité et les parcours professionnels dans la fonction publique » n’est pas pour arranger les choses.

Les fonctionnaires se battent pour une amélioration de leurs conditions de travail, mais c’est parce que leur bien-être au travail conditionne la qualité du service qu’ils rendent aux usagers. La qualité des services publics est l’une des conditions nécessaires à la qualité de vie de chacun au sein de la cité. Aujourd’hui le manque de fonctionnaires au ministère du Travail rend impossible le traitement des dossiers de milliers de chômeurs en attente du paiement de leurs droits.

Contrairement à ce que peuvent penser certains, il n’y a pas d’opposition entre les intérêts défendus d’un côté par les fonctionnaires, de l’autre par les salariés, mais une réelle complémentarité. Les revendications des fonctionnaires pour un salaire qui reconnaisse qualification et compétence, pour de nouveaux droits notamment en matière de santé et de sécurité au travail, de reconnaissance des risques organisationnels, convergent désormais avec celles des salariés du privé, gommant ainsi le mur que l’on avait pu construire entre les uns et les autres. Cette nouvelle convergence donne tout son sens à la revendication CGT pour l’élaboration d’un véritable « statut du travail salarié ».

Aline Louangvannasy
Secrétaire nationale CGT Educ’action