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Billet d’actualité du 15 janvier 2016

vendredi 15 janvier 2016

Liberté, liberté chérie

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Mardi 12 janvier, huit militants de la CGT, anciens salariés de Goodyear, ont été condamnés à deux ans de prison, dont neuf mois fermes. En France, c’est la première fois depuis la seconde guerre mondiale que des militants sont condamnés à de la prison pour action syndicale. Le crime qui leur est reproché est d’avoir, sans aucune violence comme l’ont reconnu les intéressés, retenu le directeur de l’usine d’Amiens Nord et le DRH de l’entreprise, les 6 et 7 janvier 2014. Cette action syndicale faisait suite à l’annonce d’un plan social prévoyant le licenciement des 1 143 salariés restant à cette date dans l’usine.

L’origine du conflit remontait en fait à 2007, quand le patron de Goodyear avait déjà supprimé 500 postes au motif que les salariés, par référendum, avaient refusé une augmentation de la durée du travail sans compensation financière. Par la suite, Goodyear s’était associé avec la société Titan, dont le patron déclarait en 2013 : « les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures par jour (…). Titan va acheter un fabriquant de pneus chinois ou indien, payé moins de 1 euros l’heure de salaire, et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers, Titan n’est plus intéressée par l’usine d’Amiens Nord ».

En épilogue de l’histoire, courant 2015, Goodyear et Titan associés parvenaient à faire obstacle à la reprise du site par une société coopérative ouvrière et transféraient les outils de production et les brevets dans une usine nouvellement créée en Russie.

Le même jour où les huit d’Amiens étaient ainsi sanctionnés, le tribunal de Paris à quant à lui condamné à 1 000 euros d’amendes deux militants CGT d’ERDF pour avoir « manifesté bruyamment dans les locaux de travail ». Après l’inspectrice du travail condamnée en décembre à 3 500 euros d’amende pour avoir dénoncé les agissements de Téfal, il semble que l’heure soit à la criminalisation de l’action syndicale. En juin 2013, la banque d’affaires J.P. Morgan considérait que pour mener en Europe les réformes qu’elle estimait nécessaire, il fallait des politiques plus autoritaires et une modification des constitutions des Etats membres de l’UE, jugées trop permissives à l’égard des mouvements sociaux. En ce début d’année 2016, il semble que certains soient passés aux travaux pratiques.